Nous, les filles de nulle part



Titre : Nous, les filles de nulle part
Auteur : Amy Reed
Genre littéraire : Contemporaine/Jeunesse
Année de parution : 2018
Éditeur : Albin Michel
ISBN : 978-2226401441
Nombre de pages : 544 pages

Grace vient d'entrer au lycée de Prescott après avoir déménagé. Dans la chambre de sa nouvelle maison, elle découvre des mots griffés sur le mur : Aidez-moi. Tuez-moi, je suis déjà morte. Ces mots, c'est Lucy, qui les a tracés. Lucy, qui a accusé trois garçons de Prescott de l'avoir violée. Lucy, qui a été traitée de menteuse par le reste du lycée. Lucy, que la police n'a pas écoutée. Lucy, qui a fui la ville avec ses parents. Très vite, Grace comprend que cette violence s'exerce à tous les niveaux dans la ville de Prescott : quand les joueurs de l'équipe de foot notent le physique des filles qui passent devant eux; quand son amie Rosina doit éviter les avances des clients du restaurant où elle travaille; et surtout sur le blogue du moment, « Les vrais mecs de Prescott » dont la ligne éditoriale consiste principalement à considérer les femmes comme des objets. Grace, Erin et Rosina sont décidées à agir, mais elles ne peuvent le faire seules. 

Mais nos voix, elles, sont plus fortes que nous ne l'imaginons. Même nos chuchotements peuvent créer des vaguelettes qui se propageront plus loin que nous ne pouvons le concevoir.

C'est peut-être en écoutant ces mots lors du sermon de sa mère à l'église qu'ils se sont ancrés en Grace ou bien, ce sont les mots gravés par Lucy sur les murs de sa chambre... mais cela l'amène à vouloir en savoir plus sur cette Lucy qui habitait dans la même maison qu'elle l'an passé. Elle ressent sa détresse en lisant les mots gravés sur le bord de la fenêtre :

Qu'on me tue tout de suite, je suis déjà morte.

Cela ne fait que peu de temps que Grace est arrivée à Prescott. Depuis, le début de l'année, elle a fait la connaissance de Rosina et Erin. Elles font tout un trio. Elle la ronde, Rosina la Mexicaine et lesbienne et Erin avec son trouble de l'autisme. Mais elles ont un but commun soit celui que cesse la culture du viol. Et pour y parvenir, elles se décident de créer, dans l'anonymat, le groupe Les filles de nulle part.

Réussiront-elles à changer les comportements déviants de certains garçons du lycée? Est-ce que les institutions les laisseront s'exprimer et les appuieront dans leur démarche ou au contraire, elles leur mettront des bâtons dans les roues? Mais ensemble, Les filles de nulle part sont plus fortes qu'eux!

Nous, les filles de nulle part est un roman qui nous frappe en plein visage. Il est poignant, percutant et nous bouleverse profondément.

Les personnages sont d'un réalisme incroyable. Au début de l'intrigue, Grace est introvertie et très peu sûre d'elle. À mesure que l'on avance, elle apprend à se faire confiance et nous sentons la force et l'empathie qui émane d'elle. Rosina est la fille courageuse et qui semble être prête à se battre envers et contre tous, mais en fait, ce n'est qu'une façade, car elle a peur et se sent immensément seule. Et que dire d'Erin? Elle est intelligente et beaucoup plus en contrôle de ses émotions au fil des jours. Nous assistons à leur évolution en tant que jeunes femmes, mais également à l'évolution de leur amitié. Je me suis attachée à elles et j'ai ressenti leur douleur au point d'en avoir parfois les larmes aux yeux.

L'auteure nous décrit bien l'intimidation que vivent ces jeunes femmes et les défis qu'elles doivent relever. Elle démontre en détail les émotions qu'elles ressentent face à la sexualité et leurs différences. Le spectre de l'autisme est également bien dépeint et l'on comprend bien que déjà les émotions ne sont pas faciles à gérer pour Erin, mais qu'en plus avec l'adolescence, le viol et les garçons, ça fait beaucoup!

Les scènes décrites dans ce roman sont brutales et viennent chercher certaines émotions que je n'aurais pas cru possible de ressentir en lisant ce roman. Il n'y a rien de beau à lire une scène de viol, encore moins à lire le message de victoire de l'un des agresseurs. Personnellement, j'ai ressenti une immense vague de colère et de révolte. Comment ne pas réagir face à cette violence faite aux jeunes filles, mais également face aux institutions qui préfèrent protéger les agresseurs et fermer les yeux?

L'auteure a osé parler d'un sujet, qui juste qu'à tout récemment était presque tabou. La culture du viol est là, elle existe et je crois sincèrement que ce livre peut faire une différence. Il suffit maintenant d'en parler, de le faire lire à nos jeunes afin qu'un jour, peut-être, on réussisse à faire changer la société!

Mais les choses sont peut-être en train de changer, se dit-elle. Un tout petit peu, jour après jour, cela peut faire beaucoup, au bout d'un moment.

Ma note : 5/5


Je tiens à remercier la maison d'édition Albin Michel pour m'avoir fait découvrir ce roman percutant!



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