vendredi 7 avril 2017

À l'ombre du Baron


Auteur : Fabienne Josaphat
Genre littéraire : Policier
Année de parution : 2017
Éditeur :  Calmann-Lévy
ISBN : 978-2702160503
Nombre de pages : 288 pages

Et vous, qu'auriez-vous fait ?
Haïti, 1965. François Duvalier, alias « Papa Doc » ou « Baron Samedi », fait régner la terreur sur le pays avec ses tontons macoutes. Bravant le danger, Raymond L’Éveillé, chauffeur de taxi, prend malgré tout le risque d’aider un journaliste poursuivi par la milice en le faisant monter dans sa Datsun dans le centre de Port-au-Prince, imprudence que sa femme lui fait payer en menaçant aussitôt de le quitter avec leurs deux enfants. Et quand il apprend peu de temps après que son frère cadet, professeur de droit respecté, a été conduit à la prison de Fort Dimanche où l’attend l’exécution, Raymond est au pied du mur et son dilemme des plus cruels : laisser mourir son frère ou tenter de le sauver au risque de tout perdre ?

Ce livre m'a littéralement bouleversé, choqué et surtout attristé. Les mots me manquent pour décrire la gamme d'émotions que j'ai ressentie lors de la lecture de ce roman.

Les années où Duvalier, surnommé Papa Doc, était au pouvoir, il a su créer un climet de terreur pour le peuple haïtien, et ce, avec l'aide de ses tontons macoutes. Malgré que le récit des frères L'Éveillé soit une œuvre de fiction, il n'en reste pas moins que les faits énoncés par l'auteure sont bien réels. La prison de Fort Dimanche et les conditions de vie au sein de celle-ci ont bien existé. Les exécutions aussi!

Dans ce court roman, nous retrouvons deux frères : Raymond qui conduit son taxi dans les rues de Port-au-Prince et Nicolas qui enseigne le droit.

Raymond a de la difficulté à vivre de son travail depuis que Duvalier a établi le couvre-feu. Un jour, il porte secours à un homme accompagné de sa femme et de son bébé. Cet homme est poursuivi par les tontons macoutes. Raymond réussira à fuir et sauvera cette jeune famille sans savoir que plus tard, ce seront eux qui viendront à son secours. Toujours est-il que la femme de Raymond vit dans la terreur depuis ce jour et n'en pouvant tout simplement plus de leurs conditions de vie, elle décide de partir clandestinement en bateau pour rejoindre les États-Unis où vit son oncle.

De son côté, Nicolas a une belle vie. Il a toujours eu une attitude condescendante avec son frère, se croyant supérieur car il avait des études et de l'argent. Malheureusement, il met sa famille en danger en parlant haut et fort des droits de l'homme lors de ses enseignements mais également en écrivant un livre sur les disparitions de certains hommes dont celle de Jacques Stephen Alexis, écrivain. Finalement, il sera dénoncé par un de ses étudiants et se retrouvera emprisonné à Fort Dimanche. Sa date d'exécution est déjà établie...le tout sans procès! Quelle horreur pour un homme qui enseigne le droit.

Extrait : Les yeux dans le vide, il entendit les gardes transporter le corps dans le couloir. Puis il enfouit sa tête dans ses genoux. Y trouva l'obscurité, la sécurité, un refuge où se prendre les cheveux à deux mains et les arracher d'un crâne dans lequel la démence s’insinuait déjà. Il cessa de lutter et s'effondra, écoutant le ricanement moqueur qui caquetait sous les prières, le rire d'un Dieu farceur tapi dans les recoins de Fort Dimanche : la Mort, ajustant son chapeau claque, exhalant la fumée de son cigare, ondulant des hanches, dansant autour de leur cellules, bras grands ouverts dans un geste d'accueil. La Mort se payait sa tête.

Envers et contre tout, Raymond aidera la femme de sa frère ainsi que leur fille afin qu'elles puissent quitter le pays. Il fera également tout en son pouvoir pour aller sauver Nicolas avant son exécution quitte à mettre sa propre vie en péril.


Les scènes d'horreur décrites par l'auteure nous font voir Haïti tel qu'il était à cette époque. Il est impossible de rester insensible sachant que plus de 60 000 personnes ont perdu la vie à Fort Dimanche. Je comprends beaucoup mieux aujourd'hui pourquoi les haïtiens appellent Haïti : le pays maudit (Ayiti, peyi madichon)!

Ma note : 4.5/5

Je tiens à remercier chaleureusement Calmann-Lévy pour ce roman!



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